{"id":1253,"date":"2019-07-04T08:28:17","date_gmt":"2019-07-04T06:28:17","guid":{"rendered":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/?page_id=1253"},"modified":"2019-07-06T22:48:01","modified_gmt":"2019-07-06T20:48:01","slug":"histoire-et-evolution-du-forceps","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/obstetrique\/accouchements-dystociques\/histoire-et-evolution-du-forceps\/","title":{"rendered":"Histoire et \u00e9volution du forceps"},"content":{"rendered":"\n<p>Les forceps sont des instruments de pr\u00e9hension,&nbsp; de flexion et de traction de la t\u00eate f\u0153tale. Ils sont m\u00e9talliques, semblables \u00e0 deux grandes cuill\u00e8res que l\u2019on applique comme une pince sur la t\u00eate f\u0153tale. Ils sont constitu\u00e9s de deux branches que l\u2019on articule. Ils comportent une courbure c\u00e9phalique et une courbure pelvienne. Leur d\u00e9couverte et leur \u00e9volution jusqu\u2019\u00e0 nos jours est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante \u00e0 consid\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019extraction de f\u0153tus par les voies naturelles \u00e0 l\u2019aide d\u2019instruments m\u00e9talliques est tr\u00e8s ancienne mais ne se pratiquait que sur des f\u0153tus morts et pendant tr\u00e8s longtemps, pareille op\u00e9ration resta incompatible avec la survie de l&rsquo;enfant, que l&rsquo;on consid\u00e9rait comme in\u00e9vitablement vou\u00e9 \u00e0 la mort, quand on devait employer&nbsp; un tel outillage. Il est possible que les praticiens de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e9gyptienne savaient peut-\u00eatre se servir d\u2019une pince, introduite dans les voies g\u00e9nitales f\u00e9minines pour aider \u00e0 la naissance des enfants. A l\u2019\u00e9poque romaine, le m\u00eame type de pratique existait peut-\u00eatre : un bas-relief a \u00e9t\u00e9 exhum\u00e9 dans les environs de Rome au d\u00e9but du si\u00e8cle et d\u00e9crit et authentifi\u00e9 par Baglioni en 1937. Il montre une sc\u00e8ne d\u2019accouchement dans laquelle un enfant vivant para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 extrait d\u2019une femme vivante par l\u2019usage d\u2019un instrument que tient encore en main l\u2019officiant et qui ressemble fortement \u00e0 un forceps \u00e0 branches crois\u00e9es avec une courbure c\u00e9phalique marqu\u00e9e. Toutefois la preuve de l\u2019authenticit\u00e9 de ce bas-relief n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La question est surtout de savoir si ces instruments antiques disposaient de la caract\u00e9ristique principale du forceps \u00ab moderne \u00bb : la possibilit\u00e9 d\u2019une articulation extemporan\u00e9e apr\u00e8s introduction des cuill\u00e8res dans les voies g\u00e9nitales f\u00e9minines, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre. Il semble que cette innovation soit due \u00e0 une famille d\u2019origine fran\u00e7aise, la famille Chamberlain, anglicis\u00e9 par la suite en Chamberlen.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>I-La fulgurante ascension de la famille Chamberlen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"416\" height=\"345\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.41.31.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1904\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.41.31.png 416w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.41.31-300x249.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 416px) 100vw, 416px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; <strong>A-Peter Chamberlen (au d\u00e9part Pierre), connu plus tard sous le nom de \u00ab\u00a0l&rsquo;a\u00een\u00e9\u00a0\u00bb<\/strong>, est n\u00e9 \u00e0 Paris en 1560,&nbsp; premier fils d&rsquo;un chirurgien huguenot, William Chamberlen et de son \u00e9pouse Genevi\u00e8ve Vignon. Forc\u00e9e de fuir \u00e0 cause de la pers\u00e9cution religieuse, la famille atteignit Southampton en 1569 o\u00f9 un second fils, \u00e9galement nomm\u00e9 Peter, naquit en 1572 (on rappelle qu\u2019henri IV a sign\u00e9 l\u2019Edit de Nantes en 1598). Les deux fils suivirent la profession de leur p\u00e8re, devenant des chirurgiens barbiers et des praticiens bien connus dans l\u2019art des accouchements.<\/p>\n\n\n\n<p>Peter l&rsquo;a\u00een\u00e9 d\u00e9m\u00e9nagea \u00e0 Londres en 1596 et, signe d\u2019une certaine r\u00e9putation,&nbsp; devint chirurgien et accoucheur de la reine Anne (Anne de Danemark), \u00e9pouse de Jacques 1er.&nbsp; Son fr\u00e8re cadet le suivit \u00e0 Londres en 1600. Tous deux avaient rejoint la Barber Surgeons Company, fond\u00e9e en 1461 sous le r\u00e8gne d&rsquo;Edouard IV mais eurent&nbsp; des ennuis fr\u00e9quents avec la Soci\u00e9t\u00e9 pour des infractions mineures telles que ne pas assister \u00e0 des conf\u00e9rences. Peter l&rsquo;a\u00een\u00e9 est \u00e9galement entr\u00e9 en conflit s\u00e9rieux avec le College of Physicians pour prescrire des m\u00e9dicaments contraires \u00e0 la r\u00e8gle du Coll\u00e8ge. En 1612, il fut envoy\u00e9 \u00e0 la prison de Newgate pour cette infraction et ne fut rel\u00e2ch\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;intercession du lord-maire de Londres et de l&rsquo;archev\u00eaque de Canterbury. En 1620, c&rsquo;\u00e9tait au tour de Peter le jeune d&rsquo;\u00eatre poursuivi par le Coll\u00e8ge, mais put se disculper.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1616, les deux fr\u00e8res&nbsp; militairent pour que les sage-femmes soient incorpor\u00e9es au Coll\u00e8ge et forment une Soci\u00e9t\u00e9 savante. La p\u00e9tition \u00e9tait adress\u00e9e \u00e0 Sir Francis Bacon, membre du Conseil Priv\u00e9 et au roi, qui l&rsquo;a ensuite r\u00e9f\u00e9r\u00e9 au Coll\u00e8ge des m\u00e9decins pour avis. Le Coll\u00e8ge reconnut \u00ab&nbsp;la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;am\u00e9liorer la comp\u00e9tence des sages-femmes, qui \u00e9taient pour la plupart tr\u00e8s ignorantes, mais rejeta la requ\u00eate en d\u00e9clarant: \u00ab\u00a0N\u00e9anmoins, ils ne pensent ni n\u00e9cessaire ni convenable qu&rsquo;elles fassent une Soci\u00e9t\u00e9 pour gouverner en eux-m\u00eames une chose. Le Coll\u00e8ge a ajout\u00e9 que ses membres les plus \u00e2g\u00e9s seraient heureux d&rsquo;instruire les sages-femmes dans leur art et de conseiller l&rsquo;\u00e9v\u00eaque sur ce qui devrait \u00eatre approuv\u00e9 pour pratiquer la profession de sage-femme. Ils ont \u00e9galement r\u00e9primand\u00e9 Pierre le plus jeune pour avoir \u00abd\u00e9fendu impudemment la cause de ces femmes\u00bb et pour avoir laiss\u00e9 entendre que lui, son fr\u00e8re ou tout autre chirurgien obst\u00e9tricien pouvait en savoir plus sur la profession de sage-femme que les m\u00e9decins&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1628, Peter, l\u2019ain\u00e9, assista la nouvelle reine, Henriette Marie de France (fille de henri IV et s\u0153ur de Louis XIII) et qui \u00e9tait l\u2019\u00e9pouse du roi d\u2019Angleterre Charles 1<sup>er<\/sup> a l\u2019occasion d\u2019une fausse couche \u00e0 Greenwich. Peter l\u2019ain\u00e9 mourut&nbsp; en 1631 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 71 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; <strong>B-Son fr\u00e8re, Peter&nbsp; le Jeune <\/strong>\u00e9pousa Sara de Laune, fille d&rsquo;un pasteur protestant fran\u00e7ais, dont le fr\u00e8re Gideon de Laune contribua \u00e0 fonder la Worshipful Society of Apothecaries de Londres. Ils ont eu huit enfants, dont l&rsquo;un, aussi appel\u00e9 Peter, est devenu un c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9decin accoucheur. Peter le jeune est mort \u00e0 Londres en 1626 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 57 ans et a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 \u00e0 Downe dans le Kent.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"208\" height=\"297\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.42.26.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1905\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; <strong>C-Peter, fils de Peter le plus jeune, et connu sous le nom de Dr Peter Chamberlen<\/strong>, est n\u00e9 en 1601. Il a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 la Merchant Taylor&rsquo;s School et est entr\u00e9 en 1615 au Emmanuel College de Cambridge. Des \u00e9tudes suivirent aux universit\u00e9s de Heidelberg puis de Padoue o\u00f9 il obtint le grade de docteur en m\u00e9decine en 1619 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 18 ans. Sur la base de ce dipl\u00f4me, il fut incorpor\u00e9 \u00e0 Oxford en 1619 et \u00e0 Cambridge en 1620. En 1629, il fut un membre du Coll\u00e8ge des m\u00e9decins et l&rsquo;ann\u00e9e suivante a assist\u00e9 \u00e0 son tour&nbsp; la reine Henriette Marie pour la naissance du futur roi Charles II. Apr\u00e8s la mort de son oncle en 1631, sa nomination comme m\u00e9decin-accoucheur de la cour fut confirm\u00e9e en 1632. Dr Peter avait une haute opinion de lui-m\u00eame et \u00e9tait flamboyant dans sa tenue pour laquelle il fut un jour r\u00e9primand\u00e9 par les autorit\u00e9s du Coll\u00e8ge. Il a beaucoup voyag\u00e9 et parlait la plupart des langues europ\u00e9ennes. Sa r\u00e9putation de praticien devait \u00eatre consid\u00e9rable, car le tsar de Russie \u00e9crivait \u00e0 Charles Ier pour lui demander s&rsquo;il pouvait entrer \u00e0 son service, ce que le roi d\u2019Angleterre refusa.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dr Peter a \u00e9t\u00e9 largement engag\u00e9 dans la pratique des sage-femmes et a donn\u00e9 des conf\u00e9rences aux chirurgiens-barbiers sur l&rsquo;anatomie. En 1634, il demanda aussi au roi la permission de cr\u00e9er une corporation des sages-femmes de Londres avec lui-m\u00eame comme pr\u00e9sident et examinateur afin que l&rsquo;ordre puisse \u00eatre r\u00e9gl\u00e9 par l&rsquo;\u00c9tat pour leurs instructions et leur gouvernement. Dans cette entreprise, pourtant si n\u00e9cessaire, il fut une fois de plus contrari\u00e9 par le Coll\u00e8ge des m\u00e9decins et par les sages-femmes elles-m\u00eames qui d\u00e9fendirent leur ind\u00e9pendance en argumentant que&nbsp;le Dr Chamberlen ne pouvait enseigner l&rsquo;art des accouchements par manque d\u2019exp\u00e9rience car il ne brillait en fait que par l\u2019usage d\u2019instruments extraordinairement violents dans des occasions d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque du Commonwealth, Peter se retira \u00e0 Woodham Mortimer Hall, un domaine qu&rsquo;il avait achet\u00e9 \u00e0 Malden dans l&rsquo;Essex. L\u00e0, il est devenu de plus en plus excentrique, \u00e9crivant des brochures sur des sujets religieux, politiques et \u00e9conomiques. Ses projets comprenaient des suggestions pour la cr\u00e9ation d&rsquo;une banque publique et la cr\u00e9ation d&rsquo;une union des \u00c9glises. En 1649, il parvint \u00e0 obtenir des Lords une ordonnance lui conf\u00e9rant le monopole de la fabrication des bains et des po\u00eales pour la baignoire pendant 14 ans. Une fois de plus, il fut contr\u00e9 par le Coll\u00e8ge des m\u00e9decins et, quand il ne tint pas compte d&rsquo;une assignation \u00e0 compara\u00eetre au Coll\u00e8ge, il en fut destitu\u00e9 en 1649.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la restauration de la monarchie, le Dr Peter a rappel\u00e9 \u00e0 Charles II qu&rsquo;il \u00e9tait le seul survivant m\u00e9decin \u00e0 Leurs Majest\u00e9s \u00ab\u00a0avant la mauvaise administration\u00a0\u00bb. En 1661, il a \u00e9t\u00e9 renomm\u00e9 m\u00e9decin ordinaire du roi et a eu l\u2019occasion de soigner la reine Catherine (de Bragance).<\/p>\n\n\n\n<p>Dr Peter avait d&rsquo;abord \u00e9pous\u00e9 Jane Myddelton par qui il avait deux filles et 11 fils, dont trois, Hugh, Paul et John tous pratiquaient la profession de sage-femme. Apr\u00e8s la mort de Jane, Peter a \u00e9pous\u00e9 Ann Harrison par qui il a eu cinq autres enfants. Il mourut en 1683 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 82 ans et fut enterr\u00e9 dans le cimeti\u00e8re de Woodham Mortimer.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; <strong>D-Le fils a\u00een\u00e9 du Dr Peter, connu sous le nom de Hugh l&rsquo;a\u00een\u00e9<\/strong>, est n\u00e9 en 1630 et pratiquait \u00e9galement la profession des accouchements, appel\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque profession de sage-femmes, bien qu&rsquo;il n&rsquo;y ait aucune trace de l&rsquo;endroit ou du moment o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 comme m\u00e9decin. On rappelle que l\u2019expression \u00absage-femme\u00bb ne signifie pas qu\u2019il s\u2019agit de femmes et qui seraient&nbsp; pleines de sagesse, mais de personnes, hommes ou femmes, qui connaissent les probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques des femmes, donc relatifs \u00e0 la grossesse et l\u2019accouchement (sage venant du latin sapiens signifiant la science, la connaissance).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"503\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.43.09.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1906\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.43.09.png 360w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.43.09-215x300.png 215w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>On dit que Hugh a v\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 90 ans, mais aucun d\u00e9tail sur sa mort n&rsquo;est connu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En 1670, Hugh Chamberlen senior, neveu de Peter, l&rsquo;inventeur de l&rsquo;instrument, vint \u00e0 Paris, sans doute suite \u00e0 quelque revers de fortune,&nbsp; dans l&rsquo;intention de vendre son secret et d\u2019en retirer un maximum d\u2019agent (on parle de 10000 \u00e9cus). La m\u00e9saventure qu&rsquo;il eut avec une malade de Mauriceau, la grande autorit\u00e9 parisienne de ce temps, fut retentissante. \u00ab Le 19 ao\u00fbt 1670, dit Mauriceau, j&rsquo;ai vu une petite femme de 38 ans, qui avait le passage tellement \u00e9troit et les os qui le fermaient si serr\u00e9s et proches l&rsquo;un de l&rsquo;autre et l&rsquo;os du croupion si recourb\u00e9 en dedans, qu&rsquo;il me fut impossible d&rsquo;y introduire une main pour l&rsquo;accoucher. Il survint aussit\u00f4t un m\u00e9decin anglais, nomm\u00e9 Chamberlen, qui \u00e9tait alors \u00e0 Paris et qui, de p\u00e8re en fils, faisait une profession ordinaire des accouchements en Angleterre, dans la ville de Londres, o\u00f9 il a acquis depuis ce temps-l\u00e0 le supr\u00eame degr\u00e9 de r\u00e9putation. Il \u00e9tait venu \u00e0 Paris dans l&rsquo;esp\u00e9rance d&rsquo;y faire fortune, faisant courir le bruit qu&rsquo;il avait un secret tout particulier pour les accouchements de cette nature. Ce m\u00e9decin, voyant cette femme et ayant appris que je n&rsquo;avais pas trouv\u00e9 aucune possibilit\u00e9 de l&rsquo;accoucher, t\u00e9moigna \u00eatre \u00e9tonn\u00e9 de ce que je n&rsquo;en avais pas pu venir \u00e0 bout, moi, qu&rsquo;il disait et assurait \u00eatre le plus habile homme de cette profession qui f\u00fbt \u00e0 Paris; nonobstant quoi, il promit d&rsquo;abord de l&rsquo;accoucher tr\u00e8s assur\u00e9ment en moins d&rsquo;un demi quart d&rsquo;heure, quelque difficult\u00e9 qu&rsquo;il p\u00fbt y trouver. Il se mit aussit\u00f4t en besogne et au lieu d&rsquo;un demi quart d&rsquo;heure, il travailla durant plus de trois heures enti\u00e8res sans discontinuer que pour reprendre haleine. Mais ayant \u00e9puis\u00e9 inutilement toutes ses forces aussi bien que toute son industrie, et voyant que la pauvre femme \u00e9tait pr\u00e8s d&rsquo;expirer entre ses mains, il fut contraint d&rsquo;y renoncer et d&rsquo;avouer qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas possible d&rsquo;en venir \u00e0 bout. Cette pauvre femme mourut avec son enfant dans le ventre, vingt-quatre heures apr\u00e8s les extr\u00eames violences qui lui avaient \u00e9t\u00e9 faites. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"341\" height=\"251\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.43.39.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1907\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.43.39.png 341w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.43.39-300x221.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 341px) 100vw, 341px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Ayant ainsi \u00e9chou\u00e9, Hugh retourna \u00e0 Londres avec ses forceps invendus, mais aussi avec une copie d\u2019un ouvrage&nbsp; r\u00e9cent de Mauriceau intitul\u00e9e \u00abObservations sur la grossesse et l&rsquo;accouchement&nbsp;\u00bb parue en&nbsp; en 1668. Il le traduisit et publia en Angleterre en 1672 sous le titre \u00ab&nbsp;The Accomplish\u2019t Midwife&nbsp;\u00bb. Dans la pr\u00e9face Hugh fait r\u00e9f\u00e9rence au secret de famille: \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re, mes fr\u00e8res et moi-m\u00eame (je ne connais personne d&rsquo;autre en Europe) ont, par la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu et notre travail, obtenu et pratiqu\u00e9 depuis&nbsp; longtemps un moyen d&rsquo;accoucher des femmes dans de tels cas (travail dystocique), sans aucun pr\u00e9judice pour elles ou pour leurs enfants: tous les autres \u00e9tant oblig\u00e9s faute d&rsquo;un tel exp\u00e9dient d&rsquo;utiliser la m\u00e9thode habituelle en mettant en danger, l&rsquo;un ou les deux avec des crochets &#8230; Je vais maintenant m&rsquo;excuser de ne pas publier ce secret&nbsp; qui nous permet d\u2019extraire des enfants sans crochets, car mon p\u00e8re et mes deux fr\u00e8res pratiquant cet art, je ne je ne m\u2019y sent pas autoris\u00e9 sans leur assentiment&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre de Mauriceau eut un impact imm\u00e9diat et durable sur l&rsquo;obst\u00e9trique britannique et a connu de nombreuses \u00e9ditions au cours des 100 ann\u00e9es suivantes. Il a \u00e9galement permis \u00e0&nbsp; Hugh d\u2019atteindre une grande notori\u00e9t\u00e9. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, en 1673, il fut nomm\u00e9 m\u00e9decin ordinaire du roi Charles II et, par la suite, il assista \u00e9galement la femme du roi Jacques II, Marie (Marie B\u00e9atrice \u00c9l\u00e9onore Anne Marguerite Isabelle d&rsquo;Este), et \u00e0 la future reine Anne, deuxi\u00e8me fille de Jacques II. En 1685, il fut \u00e9lu membre de la Royal Society.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais dans cette Angleterre instable, le vent allait tourner. Lors des troubles politiques \u00e0 la suite desquels jacques II dut s\u2019enfuir&nbsp; d\u2019Angleterre et fut forc\u00e9 d&rsquo;abdiquer, Hugh a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 par le Coll\u00e8ge des m\u00e9decins de pratiquer la m\u00e9decine sans autorisation. Il s\u2019enfuit alors en Hollande&nbsp; o\u00f9 il a pass\u00e9 les cinq ann\u00e9es suivantes. L\u00e0, \u00e0 court d\u2019argent, il semble qu\u2019il ait vendu son secret \u00e0 Amsterdam en 1693 \u00e0 un obst\u00e9tricien hollandais renomm\u00e9 de l\u2019\u00e9poque Roger Van Ronhyusen. Mais le secret est rest\u00e9 secret car, ne voulant sans doute pas qu\u2019un autre puisse briller \u00e0 sa place, il n\u2019aurait vendu qu\u2019une seule cuiller avec laquelle, bien s\u00fbr, on ne peut faire aucune traction&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre interrog\u00e9 sur le moyen d\u2019utiliser cette cuiller unique, Van Ronhyusen&nbsp; finit par l\u2019utiliser comme un levier. Et c\u2019\u2019est probablement \u00e0 la suite de cette escroquerie que l\u2019\u00e9cole obst\u00e9tricale hollandaise d\u00e9veloppa l\u2019usage des leviers pendant les XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles. Ce principe du levier \u00e0 \u00e9t\u00e9 le mod\u00e8le de l\u2019utilisation des actuelles spatules de Thierry. Par ailleurs, Van Roonhuyze, insatisfait de l\u2019instrument, l\u2019aurait confi\u00e9 \u00e0, Jean Palfyn qui eut l\u2019id\u00e9e d\u2019associer une seconde cuill\u00e8re : les \u00ab mains de fer \u00bb de Palfyn furent pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie Royale des Sciences en France en 1721. Mais cela n\u2019avait rien \u00e0 voir avec le vrai forceps des Chamberlen.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; <strong>E-Hugh le plus jeune<\/strong><strong>,<\/strong> n\u00e9 en 1664, \u00e9tait le fils a\u00een\u00e9 de Hugh l&rsquo;a\u00een\u00e9 et de sa femme Dorothy Brett. Form\u00e9 au Trinity College de Cambridge, o\u00f9 il obtint son dipl\u00f4me en 1683, Hugh termina sa formation m\u00e9dicale \u00e0 Leydon avant de recevoir le grade de docteur en m\u00e9decine de Cambridge en 1689 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 25 ans. Il devint membre du Coll\u00e8ge des m\u00e9decins en 1694 et fut tr\u00e8s bien consid\u00e9r\u00e9, devenant un Censeur \u00e0 trois reprises. Il s&rsquo;est mari\u00e9 trois fois, ayant trois filles par sa premi\u00e8re femme. Dans ses derni\u00e8res ann\u00e9es Hugh \u00e9tait en relation intime avec la duchesse de Buckingham (apr\u00e8s la mort du duc), et apr\u00e8s la mort de Hugh en 1728, le jeune duc a \u00e9rig\u00e9 un monument \u00e0 sa m\u00e9moire dans l&rsquo;abbaye de Westminster.<\/p>\n\n\n\n<p>N&rsquo;ayant pas d&rsquo;h\u00e9ritier m\u00e2le, il est probable que Hugh le plus jeune ait laiss\u00e9 s&rsquo;\u00e9chapper le secret familial au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. C&rsquo;\u00e9tait en effet le point de vue de son jeune contemporain, William Smellie. On a en effet la connaissance de forceps obst\u00e9tricaux tr\u00e8s semblables \u00e0 ceux des Chamberlen util\u00e9s couramment apr\u00e8s qu&rsquo;Edmund Chapman ait rendu public son dessein en 1733 et que la modification de William Gifford ait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1734.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"674\" height=\"413\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.44.16.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1908\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.44.16.png 674w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.44.16-300x184.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 674px) 100vw, 674px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; <strong>F-Le forceps fit la fortune des Chamberlen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On ne sait pas exactement lequel de ces Peter inventa la fameuse pince obst\u00e9tricale qui devait rester un secret de famille pendant plus de 100 ans. Il semblerait que ce soit Peter l\u2019ain\u00e9, ce qui permit \u00e0 toute la famille de profiter de l\u2019invention, c\u2019est-\u00e0-dire de s\u2019enrichir fortement et d\u2019acqu\u00e9rir une r\u00e9putation qui les propulsa jusqu\u2019\u00e0 la famille royale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;instrument attribu\u00e9 \u00e0 Peter Chamberlen, l&rsquo;a\u00een\u00e9, avait la forme d&rsquo;une pince (forceps, en anglais, veut dire pince) dont les mors \u00e9taient courb\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 la t\u00eate f\u0153tale. C&rsquo;est cette courbure c\u00e9phalique qui caract\u00e9rise les mors ou cuillers du forceps primitif.<br>\nMais le v\u00e9ritable trait de g\u00e9nie de Chamberlen fut de s\u00e9parer compl\u00e8tement les deux branches de la pince pour pouvoir les introduire isol\u00e9ment dans lesvoies g\u00e9nitales et les articuler ensuite. C&rsquo;est en cela que Chamberlen fut vraiment l&rsquo;inventeur du forceps; car, ainsi qu&rsquo;on l&rsquo;a vu plus haut, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;extraire l&rsquo;enfant avec des mors m\u00e9talliques avait germ\u00e9 bien longtemps auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p>La trouvaille \u00e9tait en effet efficace, et de ce fait tellement rentable que la famille Chamberlen d\u00e9cida de la garder secr\u00e8te et de ce fait, les forceps sont rest\u00e9s inconnus pendant plus d\u2019un si\u00e8cle. Elle leur permit de r\u00e9soudre des situations obst\u00e9tricale qui aboutissaient habituellement \u00e0 la mort de l\u2019enfant&nbsp; voire de la m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors des accouchements qu\u2019ils pratiquaient, ils apposaient un long drap sur la m\u00e8re et interdisaient la pr\u00e9sence de tierces personnes &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les Chamberlen firent tout pour garder leur secret. On les a d\u00e9crit arrivant au domicile de la femme en couches dans un wagon sp\u00e9cial.&nbsp; accompagn\u00e9s d&rsquo;une \u00e9norme bo\u00eete en bois orn\u00e9e de sculptures dor\u00e9es. Il a toujours fallu deux d&rsquo;entre eux pour porter la bo\u00eete d\u2019instruments pour que tout le monde pense&nbsp; qu&rsquo;elle&nbsp; contenait une machine massive et tr\u00e8s compliqu\u00e9e. La femme qui accouchait avait les yeux band\u00e9s pour qu\u2019elle ne voit pas&nbsp; le \u00absecret\u00bb. Seuls les Chamberlen \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 entrer dans la pi\u00e8ce ferm\u00e9e o\u00f9 les parents terrifi\u00e9s entendaient des bruits particuliers, des cloches et d&rsquo;autres sons sinistres alors que le \u00absecret\u00bb travailait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.44.44.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1909\" width=\"364\" height=\"412\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.44.44.png 356w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.44.44-265x300.png 265w\" sizes=\"auto, (max-width: 364px) 100vw, 364px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>En 1813, les instruments d&rsquo;obst\u00e9trique du Dr Peter Chamberlen, dont cinq paires de forceps, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts sous le plancher dans le grenier dans son ancienne maison, Woodham Mortimer Hall, o\u00f9 ils avaient \u00e9t\u00e9 cach\u00e9s par sa femme Ann \u00e0 sa mort 130 ans plus t\u00f4t. Les lames des forceps \u00e9taient en m\u00e9tal, fenestr\u00e9es et remarquablement bien form\u00e9es. Vu de profil, chaque lame \u00e9tait droite mais avait une courbe cr\u00e2nienne pour saisir la t\u00eate. Les bords des lames \u00e9taient arrondis. Et surtout chaque lame \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e pour permettre une application ind\u00e9pendante. La serrure \u00e9tait un pivot fixe sur une lame qui s&rsquo;ins\u00e9rait dans un trou de l&rsquo;autre. Dans une paire il y avait simplement un trou dans chaque serrure \u00e0 travers lequel une corde pourrait \u00eatre pass\u00e9e et ensuite enroul\u00e9e autour des tiges des lames pour les attacher ensemble. Ces instruments sont maintenant en possession du Royal College of Obstetricians and Gynecologists \u00e0 Londres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les instruments obst\u00e9triques du Dr Peter Chamberlen retrouv\u00e9s sous les planchers dans le grenier de Woodham Mortimer Hall en 1813.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II-Les \u00ab&nbsp;mains de fer&nbsp;\u00bb de Jean Palfyn<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"337\" height=\"293\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.45.22.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1910\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.45.22.png 337w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.45.22-300x261.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 337px) 100vw, 337px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Jean Palfyn, n\u00e9 \u00e0 Courtrai en 1650, \u00e9tait professeur de chirurgie \u00e0 Gand, et envoya, comme on vient de le voir, en 1721 \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie des sciences de Paris, la description d&rsquo;un instrument auquel il avait donn\u00e9 le nom de mains de fer. Palfyn n&rsquo;a certainement pas connu le forceps des Chamberlen.&nbsp; Il suffit pour s\u2019en convaincre de mettre en regard les deux instruments. Le forceps des Chamberlen est d\u00e9j\u00e0 perfectionn\u00e9 ; les branches sont crois\u00e9es, les cuillers sont fen\u00eatr\u00e9es. Le forceps de Palfyn est assez primitif, les cuillers sont pleines, les branches sont r\u00e9unies par un lien.On les&nbsp; introduisait dans les voies g\u00e9nitales \u00e0 la mani\u00e8re des branches du forceps mais ces deux pi\u00e8ces restaient parall\u00e8les l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre au lieu de se croiser ; leur jonction se faisait mal. Les cuillers de Palfyn, \u00e9taient pleines ; Mesnard les fit perforer et ce fut le premier forceps \u00e0 branches parall\u00e8les muni de fen\u00eatres.<br>\nMais la vraie diff\u00e9rence est que Palfyn n\u2019\u00e9tait pas un escroc et qu\u2019en scientifique honn\u00e8te il a fait conna\u00eetre&nbsp; \u00e0 tous l&rsquo;instrument qu&rsquo;il avait trouv\u00e9. Cela a d\u2019ailleurs peut-\u00eatre contribu\u00e9&nbsp; \u00e0 obliger les derniers Chamberlen&nbsp; \u00e0 divulguer leur secret. C&rsquo;est seulement en 1733 que Chapman donna la description du forceps des Chamberlen.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; <strong>III-Le forceps de Levret<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les forceps de Chamberlen et de Palfyn, s\u2019ils poss\u00e9daient une courbure c\u00e9phalique, ils n\u2019\u2019\u00e9taient pas porteur d\u2019une courbure pelvienne, ce qui limitait leur efficacit\u00e9. Or, au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, les cur\u00e9s de campagne disposaient, en France, d\u2019une invention due \u00e0 Mauriceau : la seringue de Mauriceau qui permettait de baptiser in utero les enfants susceptibles de d\u00e9c\u00e9der avant de pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier, sur terre, du sacrement. Or&nbsp; cette seringue \u00e9tait courbe, adapt\u00e9e aux voies g\u00e9nitales f\u00e9minines permettant d\u2019atteindre ces enfants in utero.&nbsp; Il semble que le fran\u00e7ais Andr\u00e9 Levret (1703-1780) s\u2019en soit inspir\u00e9 pour donner au forceps, en 1747, sa courbure pelvienne ((dans Observations sur les causes et accidents de plusieurs accouchements laborieux)).&nbsp; Peu apr\u00e8s, en 1751, un anglais . Smellie, pr\u00e9occup\u00e9 de saisir la t\u00eate \u00e9lev\u00e9e au d\u00e9troit sup\u00e9rieur ou au-dessus de lui, arriva au m\u00eame r\u00e9sultat que Levret (A Treatise on the theory and practice of midwifery). Cette modification, capitale, permettait de saisir des f\u0153tus bloqu\u00e9s haut dans l\u2019excavation.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"594\" height=\"267\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.46.02.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1911\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.46.02.png 594w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.46.02-300x135.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 594px) 100vw, 594px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Depuis Levret, de nombreux accoucheurs ont modifi\u00e9 le forceps&nbsp;; les uns cherch\u00e8rent \u00e0 le rendre moins encombrant (forceps d\u00e9montable de Pajot) ou plus facilement articulable.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019en 1877, le forceps le plus commun\u00e9ment utilis\u00e9 fut celui de Levret avec ses longues cuillers. Un certain nombre d\u2019op\u00e9rateurs se servaient, pour les applications de forceps les plus fr\u00e9quentes (t\u00eate au d\u00e9troit inf\u00e9rieur), du petit forceps de Pajot.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; <strong>IV-Le forceps de Tarnier&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"354\" height=\"481\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.46.33.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1912\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.46.33.png 354w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.46.33-221x300.png 221w\" sizes=\"auto, (max-width: 354px) 100vw, 354px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>En 1877, St\u00e9phane Etienne Tarnier publie un m\u00e9moire, \u00abDescription de deux nouveaux forceps\u00bb o\u00f9 il souligne les inconv\u00e9nients du forceps classique (difficult\u00e9 de tirer dans l\u2019axe du bassin, ne pas laisser \u00e0 la t\u00eate f\u0153tale une mobilit\u00e9 suffisante, ne pas avoir de guide pour la traction de la t\u00eate f\u0153tale). Utilisant les exp\u00e9rimentations de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et apr\u00e8s diff\u00e9rents t\u00e2tonnements, il fit construire un mod\u00e8le avec tracteur qui est encore employ\u00e9 par certains.&nbsp; Ce syst\u00e8me particuli\u00e8rement ing\u00e9nieux permet enfin d&rsquo;exercer les tractions sur la t\u00eate de l&rsquo;enfant suivantl&rsquo;axe de l&rsquo;excavation pelvienne maternelle, ce qui n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 possible ant\u00e9rieurement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce forceps est toujours pr\u00e9sent dans les maternit\u00e9s mais est de moins en moins utils\u00e9. Il peut tout faire, y compris ds choses dangereuses et je pense qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un trop bon forceps pour le mettre entre toutes les mains<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.46.42.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1913\" width=\"466\" height=\"332\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><strong>V-Forceps de Demelin et forceps de Suzor<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.47.38.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1914\" width=\"260\" height=\"476\" srcset=\"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.47.38.png 227w, http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2019-07-06-\u00e0-22.47.38-164x300.png 164w\" sizes=\"auto, (max-width: 260px) 100vw, 260px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Demelin (1861-1948) a ensuite imagin\u00e9 un forceps att\u00e9nuant les effets de la compression sur les parois pelviennes et sur la t\u00eate f\u0153tale. Pour cela, Demelin a donn\u00e9 aux cuillers de son forceps une courbure c\u00e9phalique de grand rayon gr\u00e2ce \u00e0 laquelle elles ont une zone de contact plus \u00e9tendue avec la t\u00eate. Il a pens\u00e9 rendre ainsi moins dangereuse la compression qu\u2019elles pourraient exercer sur la t\u00eate. Comme un tel forceps risquait de l\u00e2cher prise pendant les tractions si les branches \u00e9taient divergentes ou m\u00eame parall\u00e8les, Demelin a articul\u00e9 les branches \u00e0 leur extr\u00e9mit\u00e9 manuelle par une traverse plus longue que les grands diam\u00e8tres pelviens afin d\u2019obtenir un forceps \u00e0 branches convergentes pour \u00e9viter tout risque de d\u00e9rapage. Plusieurs tailles de Demelin ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es en fonction de la longueur des manches, le<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;N\u00b08 est le forceps de Suzor actuel qui est aujourd\u2019hui l\u2019un des plus utilis\u00e9s. Il poss\u00e8de des limites, ce qui en fait un instrument moins dangereux que le Tarnier.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les forceps sont des instruments de pr\u00e9hension,&nbsp; de flexion et de traction de la t\u00eate f\u0153tale. Ils sont m\u00e9talliques, semblables \u00e0 deux grandes cuill\u00e8res que l\u2019on applique comme une pince sur la t\u00eate f\u0153tale. Ils sont constitu\u00e9s de deux branches que l\u2019on articule. Ils comportent une courbure c\u00e9phalique et une courbure pelvienne. Leur d\u00e9couverte et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":1222,"menu_order":4,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"class_list":["post-1253","page","type-page","status-publish","hentry","post"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1253","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1253"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1253\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1915,"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1253\/revisions\/1915"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1222"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/gyneobs.com\/site\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1253"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}