Radiations ionisantes et grossesse

Mise à jour Oct 2015

 

Il existe une mauvaise information, voire une désinformation, dans l’esprit du public et d’un certain nombre de médecins, concernant les risques pour l’enfant à naître de toute doses de rayonnements ionisants. D’où à chaque examen radiologique , une grande anxiété et des interruptions abusives de grossesse.


Un point sur les unités de mesure: le Gray et le Sievert

        -La dose absorbée se mesure en Grays; c’est l’énergie absorbée par unité de masse considérée.

        -La dose efficace se mesure en Sievert. Par rapport à la dose absorbée, la dose efficace tient compte de deux facteurs supplémentaires (le facteur de pondération du rayonnement et le facteur de pondération tissulaire) qui traduisent l’effet relatif de tel ou tel rayonnement sur ltel ou tel organe. On parle aussi de dose équivalente. Les effets dépendent donc de la nature du rayonnement et de la nature des organes considérés.



Effets biologiques des radiations ionisantes

Les radiations ionisantes peuvent avoir deux types d’effets biologiques

        -Des effets déterministes: c’est la dégradation ou perte de fonction d’un organe suite à la mort d’un certain nombre de cellules. Pour ces effets il y a une notion de dose seuil seulement à partir de laquelle l’effet se produit. Ils s’expriment en Grays et ne sont observables qu’après une irradiation intense.

        -Des effets stochastiques: c’est la modification des cellules capables de se diviser et donc un risque de transformation maligne et de cancer radio-induits. Ils s’expriment en Sievert. Pour ces effets stochastiques, il n’y a pas de dose seuil; leur probabilité de survenue est proportionnelle à la dose reçue.


En pratique, pour presque tous les rayonnements utilisés en médecine, le facteur de pondération est égal à 1, ce qui fait qu’on peut considérer que la dose absorbée et la dose équivalente sont égales et que

1Gy = 1Sv


Quels risques pour l’enfant à naître?


Il n’y a de risques pour l’enfant à naître qu’en cas de doses massives in utero (comme une radiothérapie pelvienne par exemple).

Ces risques dépendent de l’âge gestationnel.

        1-Pendant les 10 premiers jours après la fécondation, c’est la loi du tout ou rien. Soit il n’y a aucun risque, soit l’atteinte de l’oeuf provoque une fausse couche.


        2-De 4 à 10 semaines d’aménorrhée, c’est la période d’organogenèse et des malformations peuvent s’observer à partir d’une irradiation de 10cGy (dix centigrays). Or, les examens radiologiques utilisés en diagnostic atteignent rarement ce niveau. Voici quelques exemples de doses-gonades délivrées par quelques examens:

                -Radio de l’abdomen sans préparation: 0,1 cGy

                -Radio du thorax: 0,01cGy

                -Urographie intraveineuse (7 clichés): 0,7cGy

                -Radiopelvimétrie: 0,7cGy

                -Pelvimétrie par scanner: 0,02cGy

                -Scanner abdominopelvien: 0,17cGy

On voit qu’on est loin de la dose-gonade  de 10cGy avec les examens courants que peuvent subir les femmes enceintes; donc pas de risque malformatif. On limite cependant le plus possible le nombre de clichés.

En revanche, lorsque l’examen radiologique n’intéresse pas directement le pelvis (thorax, crâne, extrémités), il peut être réalisé en toute sécurité, à n’importe quel moment de la grossesse si l’appareil est correctement blindé et que l’on utilise une collimation du faisceau de rayons X.


        3-Après 10 semaines, le foetus est formé, c’est la période de développement foetal: il n’y a pas de risque de malformations.

Restent les risques carcinogènes et mutagènes qui sont difficiles à estimer. L’augmentation du risque de cancer, leucémies en particulier,  est extrêment faible. par exemple aucun excédent de cancers résultant résultant de l’exposition in utero n’a été clairement démontré dans les études conduites chez les survivants japonais de la bombe atomique.  On considère que pour des irradiations faibles avec une dose-gonade  >10cGy les risques de cancer radio induit sont insignifiants.

Entre 8 et 25 semaines (et surtout en 8 et 15 semaines), pendant la neurogenèse, une irradiation de plus de 10cGy peut entraîner des lésions du système nerveux central avec un retard mental proportionnel à la dose reçue.


En cas d’rradiation accidentelle en début de grossesse, il faut calculer la dose délivrée et en particulier la dose-gonade. Un avis peut être demandé au CRAT (Centre de Renseignements sur les Agents Tératogènes (Hôpita Trousseau-paris).


Où sont les radiations?

Les rayonnements ionisants sont produits par les appareils à Rayons X utilisés en radiologie mais aussi un peu partout: les fours à micro-ondes, les téléphones portables, etc.

                   -Micro-ondes et téléphones portables  représentent «seulement» 0,01 à 0,02mGy/an et ne visent généralement pas le foetus.

                   -Mais il faut savoir qu’il y a plus de rayons en altitude. Ainsi, au cours d’un voyage Paris-New York aller-retour, on reçoit 0,08mSv par heure de vol.

                   -Le tabac possède une activité radioactive due à certains isotopes. Fumer 5 paquets de cigarettes est équivalent à recevoir une dose de  1mSv qui, certes dans ce cas, n’atteint «que» les poumons. Mais tout de même cela fait réfléchir!


Concernant les produits de contraste utilisés en radiologie

        -Les produits iodés: La thyroïde foetale fixe l’iode à partir de 10 semaines. Il y a alors un risque de dysthyroïdie foetale transitoire. Mais en cas de nécessité l’utilisation est possible pendant la grossesse.

        -Le gadolinum (IRM) peut être utilisé, en cas de nécessité seulement.


En conclusion, par principe de précaution, on préférera si possible pendant la grossesse des examens non irradiants comme l’échographie ou l’IRM. Il n’y a cependant pas lieu de contre-indiquer des examens radiologiques s’il sont nécessaires, en limitant l’irradiation foetale (tablier de plomb, réduction du nombre de clichés.



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