Alcool et grossesse

Mise à jour mai 2016

 




I-Classification des conséquences foetales de la consommation d’alcool pendant la grossesse

On distingue: le Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) proprement dit, les syndromes partiels ou incomplets et les Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale (TCAF) s’exprimant de la naissance à
l’adolescence.

        A-le Syndrome d’Alcoolisation Fœtale (SAF) proprement dit

Il concerne de 1 à 10% des naissances selon les pays (1% en France).

Dès la naissance on observe:

-la dysmorphie crâniofaciale caractéristique : fente oculaire étroite, racine du nez effondrée, philtrum allongé, lèvre supérieure fine et étroite, menton petit en retrait, hypertélorisme ;

-une hypotrophie globale avec retard de croissance va en s’accentuant et peut conduire à un véritable nanisme sans dysmorphie.

-un retard mental avec déficit intellectuel.



        B-les Syndromes partiels ou incomplets

Ils peuvent comporter certains des cas ci-dessus mais le déficit intellectuel est toujours présent.


       C-les Troubles Causés par l’Alcoolisation Fœtale (TCAF) s’exprimant de la naissance à l’adolescence.

    -A la naissance : troubles d’inadaptation, difficultés d’allaitement et d’alimentation, troubles du sommeil.

    -A l’âge scolaire : anomalies du comportement, difficultés scolaires (retard sur la lecture et le calcul), abaissement du QI, hyperactivité et troubles de l’attention.

    -A l’adolescence : déficit de l’attention avec hyperactivité, attitudes oppositionnelles et provocatrices, intolérance avec frustration, défiance de l’autorité, agressivité avec violence verbale ou physique, comportement destructif, difficultés d’intégration à l’école.

    -Chez l’adulte : QI bas, troubles du comportement, du jugement, de la mémorisation, délinquance, prostitution, impulsivité, instabilité, troubles du sommeil, désordres émotionnels, dépendance à l’alcool et aux drogues, voire comportements criminels.


II-Mécanisme de la toxicité de l’alcool pour le fœtus

L’alcool du sang maternel passe directement au fœtus à travers le placenta, sans « filtration », ce qui fait que le taux d’alcoolémie est identique chez la mère et le fœtus sans gradient de diffusion. Or, contrairement à la mère, en raison de son immaturité hépatique, le fœtus est dans l’incapacité de métaboliser l’éthanol et de se détoxiquer. L’alcool diffuse donc dans tous les tissus fœtaux à la même concentration que l’alcoolémie maternelle. Si pour une personne adulte d’une cinquantaine de kilos, un verre d’alcool s’élimine en 2/3 heures, imaginez ce qu’il en est pour un fœtus…

Les effets de l’alcool selon le stade de la grossesse permettent de distinguer trois périodes de la vie fœtale :

-lors des deux premières semaines c’est la loi du tout ou rien : soit interruption de la grossesse, soit poursuite de la grossesse sans dommage.

-de la 3ème à la 10ème semaine qui correspond à la période d’embryogenèse, se constituent les malformations observées, en particulier cranio-faciales.

-Ensuite et jusqu’à la fin de la grossesse ce sont les effets sur le développement staturopondéral et sur le cerveau.

Le cerveau est sensible à l’alcool durant toute la grossesse avec pour effets : atrophie cérébrale diffuse, atrophie du corps calleux, hypoplasie cérebelleuse, agénésie du vermis, réduction de la taille des ganglions de la base, atteinte de l’hippocampe et perte de neurones. Ces lésions sont irréversibles.


III-Quels alcools et quelles doses

Toute boisson contenant de l’alcool peut conduire à une alcoolisation fœtale avec des effets embryo-foeto-toxiques. Il n’y a donc pas à dénoncer ou stigmatiser une boisson plutôt qu’une autre. Aucune n’est exempte d’effet, la toxicité ne dépend que de la quantité d’alcool exprimée en grammes d’alcool pur. La boisson incriminée varie en fonction des habitudes locales : la bière dans le Nord de la France, le Calvados dans l’Ouest , le vin, plutôt dans les milieux défavorisés , le rhum à la Réunion , la vodka en Russie et les pays de l’Est, etc.

L’effet toxique est directement lié à la chronicité de la consommation ou/et l’ingestion de doses massives, mais aussi  à la susceptibilité individuelle très variable d’un fœtus à l’autre et, surtout, la quantité d’alcool ingérée. A titre indicatif, la prise d’un verre de bière ou de vin pendant les 270 jours de la grossesse représente 2,7 litres d’alcool pur !!

Concernant les doses « modérées » (< à 2 U/j) ou faibles (< 1 U/j), on considère actuellement que, pour le fœtus, il n’y a aucune preuve de risque zéro ou de quantité d’alcool « tolérable ». Cette incertitude ne fait que conforter la recommandation d’une abstinence totale durant toute la grossesse (et l’allaitement)

Concernant les doses massives type beuverie express ou binge drinking (on parle là de 50 à 60g d’alcool pur en moins de deux heures), ou tout simplement lors d’une fête, il est également à craindre des effets délétères sur la substance blanche, le corps calleux et l’hippocampe.


IV-le repérage de l’alcoolisation maternelle pendant la grossesse et après la naissance

Il peut se faire par l’interrogatoire (mais pas toujours fiable), par des questionnaires donnés systématiquement, mai aussi par des dosages biologiques maternels. Outre les classiques gamma GT, tests hépatiques et hémogramme, on fait surtout appel à l’Ethyl Glucuronide (EG) et aux Esters Ethyliques d’Acides Gras (FAAEs) qui sont des métabolites dérivés de l’éthanol.

        -Chez la mère, ils sont présents plusieurs semaines après la consommation dans les cheveux maternels :

                EG > 7 pg/mg = consommation répétée
                EG > 30 pg/mg = consommation excessive répétée
                FAAEs > 0.2 ng/mg =consommation répétée
                FAAEs > 0.5 ng/mg = consommation excessive répétée

        -Chez le nouveau-né, le dosage se fait dans le méconium :

                EG > 30 pg/mg = alcoolisation chronique, consommation maternelle d’alcool à 19 semaines ou au-delà

                FAAEs > 600 ng/mg = consommation excessive répétée

Enfin, les progrès de l’IRM et le développement de l’IRM fonctionnelle chez le fœtus in utero, comme chez le nouveau-né, pourront permettre, à terme, grâce aux progrès de la recherche dans le domaine, de localiser les zones cérébrales impactées par l’intoxication à l’alcool.


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